Trois ans après son premier roman Fuck you New York (lauréat du Prix Mousquetaire du Premier Roman 2010), Kamel Hajaji revient avec un tout autre style pour conter le destin d'un enfant à la rage de vivre qui fera tout pour braver sa condition.

 

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Paris inch'Allah, Kamel Hajaji, Exprim' chez Sarbacane, mars 2012

 Bas-fonds de Tunis. Mohammed,10 ans, vit avec sa mère, qu'il aime autant qu'elle le frappe, et tente d'apprendre à vivre entre les leçons de Si Brahim, le vieux poivrot de l'immeuble et les combats de fourmi avec les copains. Il développe ainsi une force et une envie de vivre qui lui seront bien utiles le jour où sa mère le chasse de la maison pour faire de la place à l'enfant qu'elle a conçu avec son nouvel amant. Se retrouvant seul dans les rues, le garçon va s'acharner encore et toujours, s'appliquer avec les différents patrons qu'il saura se trouver, pour être "le maître de son destin, le capitaine de son âme" et se rapprocher de son rêve : aller à Paris.

"Ne laisse pas la vie te vider de ton âme, wildi. La merde, ça arrive. Mektoub."

 Conte initiatique, écrit dans une plume très maitrisée, Paris inch'Allah emporte son lecteur de Tunis à la Marsa pour arriver à l'eldorado tant attendu, Paris. Mohamed, ce Bel-Ami raisonné et raisonnable, fascine par sa tenacité et ses réflexions ainsi que son amour sans faille pour sa mère malgré les liens très complexes qui les unissent. Fort des enseignements de ses maîtres, le garçon est doté d'une belle sensibilité littéraire puis musicale qui se retrouve par les références distillées tout au long du récit, ce qui donne une saveur particulière à l'ensemble. Ajouté à cela quelques cuillères de mechouia et de chorba, quelques mots d'arabes et la musique d'Oum Kalthoum en bande-son et le voyage vaut assurément le détour.