Sorti le mois dernier, L'enfant nucléaire pousse encore plus loin les contours des romans portés par la collection Exprim' avec un foisonnement dans le fond et dans la forme. Une explosion de mots qui nous happe dans son tourbillon et qui ne laisse pas indemne. Bienvenue dans le monde sans concession de Daph Nobody, prenez garde à venir le ventre vide car on va passer à table.

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L'enfant nucléaire, Daph Nobody, Exprim' chez Sarbacane, mars 2012

 Jiminy est un garçon à l'estomac hors norme, capable d'avaler tout et n'importe quoi, surtout n'importe quoi. Une particularité qui n'aurait pas de quoi susciter grand intérêt mis à part une fascination des foules et pourtant... dans un monde corrompu par le pouvoir, dominé par l'argent et menacé par le nucléaire, le Pica Morfal Boy va se retrouver au coeur d'un complot des plus morbides, malgré lui.

 "Pourtant, je leur manque. Savez-vous pourquoi? Parce que les êtres humains s'habituent à tout. Au meilleur comme au pire. Plus encore, ils finissent par s'attacher au pire comme à une vieille bagnole."

 Il aura fallu un peu plus de quartorze ans -une fraction d'éternité- à l'auteur pour livrer ce dense récit politique aux allures d'anticipation et pourtant bien ancré dans notre époque comme pour mieux en dépeindre les travers. C'est que l'assaisonnement est soigné : les phrases s'allongent, les récits s'entremêlent, les intrigues se multiplient, la galerie des personnages se complexifie pour permettre à la fin d'exploser littéralement dans un amas d'horreur et de noirceur, histoire de ne pas laisser le lecteur sur sa faim. Une déglutition parfois jouissive des mots accompagne les scènes les plus osées, celles-là même qui pourraient se révéler trop acides pour les palais non préparés.

 Roman résolument moderne qui suggère une réflexion intéressante sur le monde qui nous entoure et instaure un nouveau mode de lecture en proposant un making-of final. Un lien privilégié avec l'auteur qui saisit la liberté de s'adresser directement à son lecteur tout en lui réservant un dernier cadeau : en guise de bonus, des scènes coupées servies sur un plateau, cerise sur le gâteau, pour prolonger l'expérience.